16 avril 2007

La ronde des fables à Rouillas-Haut

Il faut savoir que Rouillas-Haut n'existe que par opposition à Rouillas-Bas, qui, lui, possède une église et quelques commerces. Lorsqu'on ne dispose de rien de remarquable, et qu'on se situe au milieu d'une descente vers un voisin plus attrayant,  comment faire pour arrêter les automobilistes emportés par leur élan ? Le même problème se pose dans le sens de la montée, pour stopper ceux qui sont pressés d'atteindre, plus haut, Nadaillat, qui a la chance de posséder lui aussi une église et même - mais oui ! - un salon de thé.  Michel DAVID tente d'attirer l'attention, avec d'amusantes statuettes, naïves et colorées, disposées dans tout le village : par curiosité, les voyageurs doivent au moins ralentir. Peut-être que certains vont jusqu'à serrer le frein à main et s'extraire de leur véhicule : c'est ce que j'ai fait, l'autre jour.

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Voici l'entrée de la salle d'exposition de l'artiste (je n'ai pas appuyé sur le bouton de la sonnette) :

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Selon la seule habitante que j'ai rencontrée, une trentaine de fables de La Fontaine sont  illustrées ici. Il reste donc des découvertes à faire, car je n'en ai photographié que la moitié environ. J'ai reproduit les textes correspondants, sauf ceux que nous avons tous appris par coeur à l'école.

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Les deux Mulets

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Deux mulets cheminaient, l'un d'avoine chargé,
      L'autre portant l'argent de la gabelle.
Celui-ci, glorieux d'une charge si belle,
N'eût voulu pour beaucoup en être soulagé.
          Il marchait d'un pas relevé,
          Et faisait sonner sa sonnette :
          Quand, l'ennemi se présentant,
          Comme il en voulait à l'argent,
Sur le mulet du fisc une troupe se jette,
          Le saisit au frein, et l'arrête.
          Le mulet, en se défendant,
Se sent percer de coups ; il gémit, il soupire.
" Est-ce donc là, dit-il, ce qu'on m'avait promis ?
Ce mulet qui me suit du danger se retire ;
          Et moi j'y tombe, et je péris !
         - Ami, lui dit son camarade,
Il n'est pas toujours bon d'avoir un haut emploi :
Si tu n'avais servi qu'un meunier, comme moi,
          Tu ne serais pas si malade. "

Le Pot de terre et le Pot de fer

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Le pot de fer proposa
Au pot de terre un voyage.
Celui-ci s'en excusa,
Disant qu'il ferait que sage
De garder le coin du feu,
Car il lui fallait si peu,
Si peu, que la moindre chose
De son débris serait cause :
Il n'en reviendrait morceau.
" Pour vous, dit-il, dont la peau
Est plus dure que la mienne,
Je ne vois rien qui vous tienne.
- Nous vous mettrons à couvert,
Repartit le pot de fer :
Si quelque matière dure
Vous menace d'aventure,
Entre deux je passerai,
Et du coup vous sauverai. "
Cette offre le persuade.
Pot de fer son camarade
Se met droit à ses côtés.
Mes gens s'en vont à trois pieds,
Clopin-clopant comme ils peuvent,
L'un contre l'autre jetés
Au moindre hoquet qu'ils treuvent.
Le pot de terre en souffre ; il n'eut pas fait cent pas
Que par son compagnon il fut mis en éclats,
Sans qu'il eût lieu de se plaindre.

Ne nous associons qu'avecque nos égaux.
Ou bien il nous faudra craindre
Le destin d'un de ces pots.

Le Lièvre et la Tortue

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Le Chien qui lâche sa proie pour l'ombre

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Chacun se trompe ici-bas :
On voit courir après l'ombre
Tant de fous, qu'on ne sait pas
La plupart du temps le nombre.
Au chien dont parle Esope il faut les renvoyer.
Ce chien, voyant sa proie en l'eau représentée,
La quitta pour l'image, et pensa se noyer.
La rivière devint tout d’un coup agitée ;
À toute peine il regagna les bords,
Et n’eut ni l’ombre ni le corps.

Le Soleil et les Grenouilles

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Aux noces d'un tyran tout le peuple en liesse
Noyait son souci dans les pots.
Esope seul trouvait que les gens étaient sots
De témoigner tant d'allégresse.
" Le Soleil, disait-il, eut dessein autrefois
De songer à l'hyménée.
Aussitôt on ouït, d'une commune voix
Se plaindre de leur destinée
Les citoyennes des étangs.
" Que ferons-nous, s'il lui vient des enfants ?
Dirent-elles au Sort : un seul soleil à peine
Se peut souffrir ; une demi-douzaine
Mettra la mer à sec et tous ses habitants.
Adieu joncs et marais : notre race est détruite ;
Bientôt on la verra réduite
A l'eau du Styx. " Pour un pauvre animal,
Grenouilles, à mon sens, ne raisonnaient pas mal.


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Les oreilles du Lièvre

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Un animal cornu blessa de quelques coups
Le lion, qui plein de courroux,
Pour ne plus tomber en la peine,
Bannit des lieux de son domaine
Toute bête portant des cornes à son front.
Chèvres, béliers, taureaux aussitôt délogèrent,
Daims et cerfs de climat changèrent :
Chacun à s'en aller fut prompt.
Un lièvre, apercevant l'ombre de ses oreilles,
Craignit que quelque inquisiteur
N'allât interpréter à cornes leur longueur,
Ne les soutînt en tout à des cornes pareilles.
" Adieu, voisin grillon, dit-il ; je pars d'ici :
Mes oreilles enfin seraient cornes aussi ;
Et quand je les aurais plus courtes qu'une autruche,
Je craindrais même encor." Le grillon repartit :
" Cornes cela ? Vous me prenez pour cruche ;
Ce sont oreilles que Dieu fit.
- On les fera passer pour cornes,
Dit l'animal craintif, et cornes de licornes.
J'aurai beau protester ; mon dire et mes raisons
Iront aux Petites-Maisons.
"


La Cigale et la Fourmi

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version ronde

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version anguleuse

Le Singe

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Il est un singe dans Paris
A qui l'on avait donné femme.
Singe en effet d'aucuns maris,
Il la battait : la pauvre dame
En a tant soupiré qu'enfin elle n'est plus.
Leur fils se plaint d'étrange sorte.
Il éclate en cris superflus :
Le père en rit, sa femme est morte.
Il a déjà d'autres amours,
Que l'on croit qu'il battra toujours ;
Il hante la taverne, et souvent il s'enivre.

N'attendez rien de bon du peuple imitateur.
Qu'il soit singe ou qu'il fasse un livre,
La pire espèce, c'est l'auteur.

Le vieux Chat et la jeune Souris

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Une jeune souris, de peu d'expérience
Crut fléchir un vieux chat, implorant sa clémence,
Et payant de raisons le Raminagrobis .
" Laissez-moi vivre : une souris
De ma taille et de ma dépense
Est-elle à charge en ce logis ?
Affamerais-je, à votre avis,
L'hôte, l'hôtesse, et tout leur monde ?
D'un grain de blé je me nourris :
Une noix me rend toute ronde.
A présent je suis maigre ; attendez quelque temps.
Réservez ce repas à messieurs vos enfants. "
Ainsi parlait au chat la souris attrapée.
L'autre lui dit : " Tu t'es trompée :
Est-ce à moi que l'on tient de semblables discours ?
Tu gagnerais autant de parler à des sourds.
Chat, et vieux, pardonner ? cela n'arrive guères.
Selon ces lois, descends là-bas,
Meurs, et va-t'en, tout de ce pas,
Haranguer les soeurs filandières.
Mes enfants trouveront assez d'autres repas."
Il tint parole .

Et pour ma fable
Voici le sens moral qui peut y convenir :
La jeunesse se flatte, et croit tout obtenir ;
La vieillesse est impitoyable.


La Poule aux oeufs d'or

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L'avarice perd tout en voulant tout gagner.
Je ne veux, pour le témoigner,
Que celui dont la poule, à ce que dit la fable,
Pondait tous les jours un oeuf d'or.
Il crut que dans son corps elle avait un trésor :
Il la tua, l'ouvrit, et la trouva semblable
A celles dont les oeufs ne lui rapportaient rien,
S'étant lui-même ôté le plus beau de son bien.
Belle leçon pour les gens chiches !
Pendant ces derniers temps, combien en a-t-on vus,
Qui du soir au matin sont pauvres devenus
Pour vouloir trop tôt être riches !


Le Renard et la Cigogne

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Le Laboureur et ses Enfants

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Travaillez, prenez de la peine :
C'est le fonds qui manque le moins.
Un riche laboureur, sentant sa mort prochaine,
Fit venir ses enfants, leur parla sans témoins.
" Gardez-vous, leur dit-il, de vendre l'héritage
Que nous ont laissé nos parents :
Un trésor est caché dedans.
Je ne sais pas l'endroit ; mais un peu de courage
Vous le fera trouver, vous en viendrez à bout.
Remuez votre champ dès qu'on aura fait l'oût.
Creusez, fouiller, bêchez ; ne laissez nulle place
Où la main ne passe et repasse. "
Le père mort, les fils vous retournent le champ
Deçà, delà, partout : si bien qu'au bout de l'an
Il en rapporta davantage.
D'argent, point de caché. Mais le père fut sage
De leur montrer avant sa mort
Que le travail est un trésor.


Le Loup et la Cigogne

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       Les loups mangent gloutonnement.
            Un loup donc étant de frairie

            Se pressa, dit-on, tellement
            Qu'il en pensa perdre la vie :
Un os lui demeura bien avant au
gosier. 
De bonheur pour ce loup, qui ne pouvait crier, 
            Près de là passe une cigogne. 
            Il lui fait signe ; elle accourt. 
Voilà l'opératrice
aussitôt en besogne. 
Elle retira l'os ; puis, pour un si bon tour, 
            Elle demanda son salaire. 
            " Votre salaire? dit le loup : 
            Vous riez, ma bonne commère !
            Quoi ? Ce n'est pas encor beaucoup 
D'avoir de mon gosier retiré votre cou ?
            Allez, vous êtes une ingrate :
            Ne tombez jamais sous ma patte."


Le Loup et l'Agneau

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Ce n'est que justice, l'agneau a beaucoup mieux résisté que
le loup !


Le Milan et le Rossignol

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Après que le milan, manifeste voleur,
Eut répandu l'alarme en tout le voisinage
Et fait crier sur lui les enfants du village,
Un rossignol tomba dans ses mains par malheur.
Le héraut du printemps lui demande la vie.
" Aussi bien que manger en qui n'a que le son ?
Ecoutez plutôt ma chanson :
Je vous raconterai Térée et son envie,
- Qui, Térée ? est-ce un mets propre pour les milans ?
- Non pas ; c'était un roi dont les feux violents
Me firent ressentir leur ardeur criminelle.
Je m'en vais vous en dire une chanson si belle
Qu'elle vous ravira : mon chant plaît à chacun. "
Le milan alors lui réplique :
" Vraiment, nous voici bien ; lorsque je suis à jeun,
Tu me viens parler de musique.
- J'en parle bien aux rois. - Quand un roi te prendra,
Tu peux lui conter ces merveilles.
Pour un milan, il s'en rira :
Ventre affamé n'a point d'oreilles."

Le Renard et les Raisins

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Certain renard gascon, d'autres disent normand,
Mourant presque de faim, vit au haut d'une treille

Des raisins mûrs apparemment,
Et couverts d'une peau vermeille.
Le galand en eût fait volontiers un repas ;
Mais comme il n'y pouvait atteindre :
" Ils sont trop verts, dit-il, et bons pour des goujats. "

Fit-il pas mieux que de se plaindre ?


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